Rwanda: Rusesabagina condamné à 25 ans

Rwanda: Rusesabagina condamné à 25 ans

Rwanda: Rusesabagina condamné à 25 ans

By / A la Une / Tuesday, 21 September 2021 10:19


Paul Rusesabagina, 67 ans, a été reconnu lundi coupable de terrorisme par la Haute Cour de Kigali pour les crimes internationaux et transfrontaliers, qui l’a condamné à 25 ans de prison; le parquet avait demandé la réclusion à perpétuité. L’ancien directeur de l’hôtel Mille Collines dans la capitale rwandaise, dont Hollywood avait fait un héros du génocide, était poursuivi avec 20 autres membres d’un mouvement politico-militaire qu’il dirigeait et qui a attaqué des civils au Rwanda en 2018 et 2019, faisant neuf morts au total et d’importantes destructions matérielles. La Belgique estime que le condamné n’a pas bénéficié d’un procès juste et équitable « particulièrement en ce qui concerne les droits de la défense ».

Paul Rusesabagina avait accédé à la notoriété internationale grâce au film hollywoodien “Hôtel Rwanda”, qui lui taille sur mesures un rôle de héros protégeant les Tutsis persécutés durant le génocide de 1994 (un million de morts), rôle contesté par des rescapés.

Des fonds pour des groupes armés meurtriers

Cette notoriété lui a permis de récolter, au nom de la Hotel Rwanda Rusesabagina Foundation,  d’importants fonds pour son mouvement d’opposition MRCD, une coalition créée “en décembre 2016”, unissant des mouvements politiques et deux groupes armés. L’un, le CNRD, est une dissidence des FDLR, un mouvement armé issu des génocidaires rwandais de 1994 qui a mis l’est du Congo à feu et à sang. L’autre, membre du MRCD depuis 2018, est le FLN, dont le chef, Callixte Nsabimana, dit “Sankara”, est devenu vice-président de la coalition et sera arrêté en avril 2019.

Interrogé à Bruxelles par La Libre Afrique.be sur le pacifisme qu’il revendiquait alors qu’il était allié avec des groupes armés, Rusesabagina avait répondu: “Les réfugiés ont le droit de se défendre pour ne pas être comme un mouton”.

Selon les échanges de mails produits par l’accusation, Paul Rusesabagina connaissait parfaitement l’usage des financements qu’il envoyait au FLN, basé à l’est du Congo. Il en recevait des rapports sur leurs activités armées, sur leurs pertes et celles de l’adversaire et leur envoyait des fonds. Rusesabagina a aussi envoyé des fonds aux FDLR. Des témoins de l’accusation ont indiqué que le Rwando-Belge avait cherché un bras armé à son mouvement afin d’être en position de force pour négocier avec Kigali.

Revendication des attaques terroristes

Par ailleurs, l’accusation a évoqué l’appel de Paul Rusesabagina, le 30 avril 2019, reprenant celui du FLN: le groupe armé avait revendiqué le 21 mars deux attaques meurtrières à Nyamagabe et Nyaruguru pour dissuader touristes étrangers et Rwandais d’emprunter la route de la forêt de Nyungwe, désormais “zone rouge”. L’accusé estime qu’il ne peut être accusé de terrorisme puisqu’il n’a jamais participé à une attaque.

Procès irrégulier pour cause de “rapt”

Depuis le 24 mars, Paul Rusesabagina ne se présente plus aux audiences, pour protester contre le fait que le tribunal a rejeté sa demande de report de six mois du procès.

Jusque-là, sa défense avait plaidé l’incapacité de la Haute Cour à juger le Rwandais naturalisé Belge qu’est Rusesagabina. En vain puisque la Belgique elle-même juge des accusés de terrorisme étrangers.

Ses avocats ont aussi estimé le procès irrégulier parce que l’accusé a été arrêté, à la mi-2020, par les autorités rwandaises, à la suite d’un “rapt”. Paul Rusesabagina a été trahi par un pasteur burundo-belge qu’il avait contacté comme intermédiaire avec le régime militaire du Burundi voisin afin d’obtenir le droit d’en faire une base arrière pour ses combattants, la base congolaise devenant de plus en plus incertaine. Le pasteur – qui aurait été choqué par les revendications des attaques terroristes par Rusesabagina – en avait informé Kigali et avait emmené Paul Rusesabagina, à bord d’un vol privé loué par l’Etat rwandais, ”à Bujumbura”  – en réalité à Kigali, où le Rwando-Belge avait été arrêté.

Les procureurs ont soutenu lors du procès qu’il n’y avait pas rapt puisque il n’y avait eu ni violence ni coercition.

Lundi, la cour a « conclu que le rôle de Rusesabagina dans la création du FLN, la fourniture de fonds aux rebelles et l’achat de moyens de communication pour les rebelles constituent tous le crime de commission de terrorisme ».

Les autres condamnations

Alors que la lecture du jugement a pris une bonne part de la journée, on relève, parmi les autres condamnations, celle de Callixte Nsabimana, dit « Sankara », commandant du groupe armé FLN et son porte-parole, qui avait revendiqué les attaques de 2018, à 20 ans de prison. Il avait plaidé coupable pour la plupart des accusations.

Un autre porte-parole du FLN, Herman Nsengimana, se voit infliger 5 ans de détention.

AFP

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GILBERT

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